Le blog de Carlo de Pascale

Bozar Brasserie (en croûte!) restaurant gourmand avec chef artisan.

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Y a des endroits comme ça on n'y va une ou deux fois, puis on y va plus, puis on se dit qu'on devrait y aller, puis on se dit que la lumière est un peu froide, on finit par ne plus se souvenir qu'on y avait bien mangé et un jour, à force d'oublier d'y penser on finit quand même par y retourner. Bozar Brasserie, ça fait déjà cinq ans que ce restaurant attenant au Bozar et à la Cinématek (mais avec son entrée à lui depuis la rue, ce n'est pas un restaurant du Bozar, il est à Bozar, et la fonction de brasserie d'après-spectacle ne saute pas vraiment aux yeux, et perso, je m'en tape) est ouvert.

Cette brasserie est placée sous la direction de David Martin que c'est un de mes chefs préférés - j'ai refait à La Paix il y a peu un dîner mémorable dont le masterpiece était un plat de côtes qui platecôtait sa race d'Angus - mais il y a aussi et surtout un vrai chef artisan aux commandes, Karen Torosyan (non, pas la cousine de Kim Kardachian) un raide dingue de plats traditionnels français de France dont il traque les subtilités jusqu'au bout avec une vraie envie de perfection classique chevillée au corps.

Karen Torosyan est ce que l'on peut appeler un artisan avant d'être un chef. Il y a de l'esprit MOF dans ce chef. Le tour de la carte que j'ai fait ce soir là m' a plus que convaincu de toutes ses capacités de chef créatif qui maîtrise à la fois les textures et les cuissons (je me marre tout seul à chaque fois que j'écris maîtrise des textures et des cuissons, je pense à toutes les fois ou d'autres frères tâcherons l'ont répété à l'infini) Un exemple? ce moule frite "revisité" (je me demande si "revisité" n'est pas pire que "sublimé, mais soit) où la frite est une espèce de croquette mais une frite quand même et où le jus de moule (les connaisseurs apprécieront) est un ravissement des papilles (aujourd'hui on peut jouer au jeu des 7 tartignoleries dans ma chronique) .

Tout ça, c'est très bien, mais en sus, Karen Torosyan, il a une passion, c'est la quête inlassable du plat un peu bourgeois, un peu désuet, mais surtout, parfait. 

Prenons l'exemple de son pâté en croûte. Normalement un pâté en croûte, tu le vois, tu te réjouis, tu te dis, chouette je vais bouffer du pâté en croûte, et bof, la pâte est molle, détrempée, la farce quelconque et rien ne se passe ni dans ta bouche, ni dans ta tête, faut pas demander, dans le slip. Et ça même s'il vient d'une bonne maison comme Douce France, où tout est assez bon, mais le pâté en croûte est moyen.

Sauf que là, le pâté en croûte de M. Torosyan, il parle, il fond et résiste à la fois, il te réconcilie avec le pâté en croûte, et ça c'était juste le pâté froid proposé au Bozar.

Parce qu'à la carte, il y a une tourte, une tourte chaude, servie uniquement pour deux couverts (une trentaine d'euros le couvert) et là, t'es projeté à la fois dans Le Festin de Babette et Les Saveurs du Palais (avec le chevrotant d'Ormesson mais la pétillante Catherine Frot).

La pâte brille, elle est guillochée comme une pièce d'orfèvrerie. Dedans la farce épouse la pâte  qui la serre collé-serré comme un push-up. La farce: cochon, volaille, chou, foie gras. Autour, un jus de veau bien serré et de vrais légumes.

Bref, c'est pas pour toutes les bouches ni tous les estomacs, mais on aura compris que comme on dit chez nous (enfin, pas vraiment chez moi), ça m'a bien goûté.

Un bémol? Ben, deux choses. La première, c'est que, comme je le disais il y a des années pour la Paix, ce n'est plus vraiment une brasserie, on est dans de la gourmandise d'inspiration brassière, mais même en prenant juste un américain, c'est plus cher que dans une Brasserie, est-ce un bémol? je laisse aux spécialiste ès bémols le soin d'en juger.

Il reste un truc qui n'a rien à voir avec la cuisine, c'est l'ambiance générale. L'architecture de la salle, qui est née art-déco, est sublime. La cuisine ouverte est aussi très belle. La lumière, depuis la dernière fois que je suis venu s'est réchauffée un peu; mais, l'ambiance reste un peu froide, et je n'arrive pas à comprendre pourquoi.

Je dis ça c'est pour que vous y alliez et que vous passiez outre cet inconvénient mineur (qui ne le sera pas pour certains, mais peut-être pour d'autres en quête de restaurants romantiques) car pour une raison qui m'échappe, le choeur des faiseurs d'opinion bruxellois parle rarement de cette adresse et de son chef.

Ben moi, Je créerais bien un club des amis de la tourte façon chef Torosyan.

Palais des Beaux-Arts
Rue Baron Horta, 3
1000 Bruxelles

 

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